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J’habite mon corps. Et c’est dans un corps à corps permanent avec mon corps que mon moi   se livre. Parfois comme une étrangère, j’ai l’impression d’être hors de lui. Hors de ce corps. Parfois, souvent, c’est lui qui m’habite. Lui qui me ramène à la réalité. Quand je le regarde dans une glace, je le trouve mille fois trop grand pour moi. Comme si j’avais volé le manteau de peau d’un géant pour habiller la toute petite personne que je suis à l’intérieur. Alors je passe beaucoup de temps à fermer les yeux sur ce deuxième moi. Ne pas regarder les marques de la vie, les traces, les cicatrices, les plis, les craquelures, les plaques rouges et les zones d’ombres. J’ai déjà assez à faire avec les hématomes du dedans pour m’occuper des hématomes du dehors. J’habite mon corps, avec du poids en trop, et pas que sur mes épaules. Mais depuis quelques temps, j’apprends à trouver que ce grain de beauté, là, à cet endroit, il est bien. Et d’ailleurs, tout est bien là où il est. J’apprivoise mon corps comme on apprivoise un fauve, à petit pas. Je ne le sors pas trop souvent de sa cage, de peur qu’il me mange toute crue.

J’habite ici, à cet endroit. Un endroit qui m’a rendu mille fois malheureuse. Surtout à cause des autres. Et puis, il y a tous les autres. Ceux qui vous prennent par la main au réveil, et ceux qui vous prennent par la main le reste du temps. Alors, c’est devenu un peu plus confortable de vivre à cette adresse.

Mais mon corps c’est, aussi, cette douleur permanente. Celle qui me tenait souvent éveillée la nuit, avant les pilules blanches sur la table de chevet. Ces toutes petites choses que je mange pour ne plus être à fleur de peau. C’est le dos en plastique qui dort à la cave parce que, sur lui aussi, je préfère fermer les yeux. C’est avoir l’impression d’être en carton un jour sur deux. Alors, quand ce n’est pas lui qui me tourmente, je le tourmente à mon tour. Dépassant, parfois, un peu les limites. Mais pourquoi ce serait à lui, de les choisir, les limites ?

C’est celui que je m’emmène à la piscine, deux ou trois fois par semaine pour soigner tous les maux. Je masse tour à tour chacun de mes membres avec une crème qui me fait me sentir autrement. Pour effacer les tempêtes du dehors et de tous les dedans. Un peu comme un boulet que l’on traine derrière soit, et un peu comme un ami qui se place en rempart face au monde. C’est ce que les gens croient voir de mon être, quand ils me voient. Oui, mais. Dans cette seule personne, on est mille personnes.

De toute façon, avec ce deuxième moi, on est imbriqués l’un dans l’autre, alors il va bien falloir cohabiter.

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